Le matin du monde
L’homme de l’Ancien Testament aimait entendre ce compliment : « Comme tu es vieux ! ». Je ne suis pas certain que cette même remarque soit accueillie aujourd’hui avec le même enthousiasme. A notre époque, nous préférons entendre un vieil ami nous dire : « Tu n’as pas changé, tu fais toujours aussi jeune ! ».
Il est vrai que beaucoup de personnes vivent
dans l’angoisse d’un crépuscule :
Celui de leurs vies, qui nourrit une nostalgie
des jours heureux ou supposés tels, comme
si le bonheur se trouvait forcément dans les
origines, comme si ce bonheur était promis à
un déclin inexorable.
Celui de leurs carrières, au point de voir certains
se crisper et se définir par le rôle ou la fonction
qu’ils ont tenus.
Celui du monde. Aujourd’hui, devant la
complexité des situations, des hommes et des
femmes nourrissent un discours pessimiste sur
leur époque et sur l’avenir.
Comment un chrétien pourrait-il penser et se comporter ainsi sans trahir le don qui lui a été fait au jour de son baptême ? Tout au long de l’année liturgique, une prière d’ouverture de la messe insiste : « Seigneur, fais-nous quitter ce qui ne peut que vieillir et conduis-nous vers ce qui est nouveau. » Nous le comprenons, ce vieillissement désigne toute pensée et tout comportement marqués par la nostalgie, l’angoisse, la mort et le péché.
Au matin de Pâques, nous ouvrons des yeux émerveillés sur une réalité plus belle encore que le matin du monde : par la résurrection de Jésus, l’humanité est tirée de ses peurs et de ses craintes. Elle tourne désormais les yeux vers Celui qui est, selon le mot de l’Evangile, « le soleil levant qui vient nous visiter ». Si la première création a été le fruit d’un amour gratuit de Dieu, le jour de la résurrection, « en ces temps qui sont les derniers », en est l’accomplissement miséricordieux.
Au matin de Pâques, nos perspectives sont totalement bouleversées. L’événement inouï de la résurrection transforme notre regard et fait du bonheur non plus une nostalgie mais une espérance : l’avenir devient lumineux.
Bien entendu, le sentiment de crainte nous saisira toujours puisque le mystère d’iniquité habite notre monde, puisque notre humanité est fragile, puisque la route est rude et puisque nous ne maîtrisons pas l’inattendu. Mais désormais, cette peur n’a plus le dernier mot et elle ne peut plus nous paralyser.
Gardons au cœur ces mots justes d’un cantique ancien : « Depuis l’aube où sur la terre, nous t’avons revu debout, tout renaît dans la lumière ».
Mgr Castet.