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Journée mondiale du migrant : des chrétiens irakiens choisissent la Vendée

vendredi 24 décembre 2010, par admin

Le 16 janvier prochain, l’Eglise catholique interpellera chacun au cours de la journée mondiale du migrant et du réfugié. Le thème choisi cette année : « Une seule famille humaine », et son sous-titre une citation des Actes des Apôtres : « tous les peuples forment ensemble une seul communauté », ne peuvent que renvoyer aux vicissitudes de la grande famille chrétienne, éparpillée sur le globe, soumise aux aléas des persécutions, ainsi qu’au défi du vivre ensemble notamment en pays musulman. Ils sont des milliers, ces chrétiens du Proche-Orient, à avoir quitté leur pays pour gagner l’Europe. Trois familles irakiennes ont choisi la Vendée. Il y a peu, elles nous ont partagé leurs témoignages…

2003, une date, une année ; elle revient constamment dans les propos de Waleed, Sanaa, ou Kenua… 2003, c’est le synonyme pour bon nombre d’irakiens d’une date fatale où tout bascule. L’époque de la guerre, de l’arrivée des américains, de la chute de Saddam Hussein, du début du chaos. A l’écoute de ces chrétiens chaldéens, paisibles commerçants de Bagdad, il y a un avant 2003 et un après. Ce soir-là, le 1er décembre dernier, ils sont une dizaine à avoir fait le déplacement à la maison du diocèse, à la Roche-sur-Yon, à la demande de la Pastorale des migrants, pour témoigner de leur ancienne vie en Irak, et de leur venue en Vendée. Devant eux, près de 70 personnes, émues et attentives devant l’histoire de ces trois familles. L’histoire de trois frères, venus de Bagdad, avec femme et enfants, à des époques différentes au cours des années 2000.

Trois jeunes irakien s'apprêtent à témoigner
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Dans un français approximatif, un des chefs de familles, Waleed Younan, énumère les différents éléments qui l’ont fait se décider à partir, lui et sa famille. La dégradation de la situation économique, puis la dégradation de la situation religieuse [1] , les pressions sur les chrétiens, qui peu à peu ne pouvaient plus vivre leur foi au grand jour, avaient fait tenir bon cette famille jusqu’à un jour fatidique de 2008. Waleed, enlevé quatre jours durant par les milices islamiques, puis libéré après avoir été déshabillé, frappé, et pressuré pour obtenir de lui 50 000 dollars, a eu trop peur pour sa famille. Il a quitté définitivement l’Irak pour la France. Il n’est pas passé par la Syrie, comme l’avait fait un de ses frères quelques années auparavant, avant pour ce dernier aussi, faute de trouver du travail, de rejoindre l’Europe.

A un autre moment de la soirée, Sanaa, jeune fille très impliquée dans l’animation des chants et de la musique de son église, un des quarante lieux de culte chrétien de la capitale irakienne, raconte comment elle a échappé de peu à une explosion survenue à quelques mètres d’elle après un office. Pourtant, dissuadée de venir répéter, puis de jouer à la messe par son curé, elle s’est tout simplement rappelée qu’elle « n’avait pas peur, car Jésus était avec elle et avec son groupe de chant choral ». « Merci d’être avec vous » lance-t-elle à l’assemblée. En effet, c’est dans une atmosphère d’action de grâce et de sourires joyeux que cette soirée-témoignages s’est déroulée. Bien sûr, les jeunes expliquent leurs difficultés pour apprendre le français, pour trouver un emploi, pour suivre une formation, ou pour apprendre à conduire. Mais une nouvelle vie s’ouvre pour ces jeunes, et ils sont simplement heureux de le montrer. Enfin ils sont libres, proclament-ils. Leurs parents sont quant à eux plus discrets. Partageant beaucoup moins sur leur nouvelle vie, on peut penser qu’ils ne s’y retrouveront beaucoup moins (ni travail, ni amis, ni souvenirs…). Pourtant chacun remercie chaleureusement plusieurs personnes présentes dans la salle, qui les ont aidés au moment de leur arrivée, un peu par hasard en Vendée. Des chrétiens de Challans, des Herbiers, de la Roche, qui continuent toujours de soutenir les membres de ces trois familles. Et il a fallu de l’aide et de la patience auprès de ces irakiens, lâchés depuis la région parisienne en pleine nature, un billet de TGV en main, sachant à peine dire bonjour, et voulant gagner la mer. Pour la petite anecdote, on leur avait raconté que la Roche-sur-Yon était une ville charmante, à dix minutes à pied du bord de mer !

Waleed localise les foyers de chrétienté en Irak

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Nos nouveaux vendéens savent rire et dédramatiser leur situation. Ils essayent de regarder aussi avec recul la vie des catholiques d’ici. A la question « de quelle manière suivez-vous la messe ici chez nous ? », une jeune fille, habituée aux liturgies chaldéennes précise d’abord qu’en Irak c’est un peu différent. « Nous, on prend le temps ; nos plus petites cérémonies durent 1h30, les plus longues, trois à quatre heures » ! Ce qui a frappé d’ailleurs les chrétiens de Challans, première ville d’accueil d’une des trois familles, c’est la volonté pour ces familles irakiennes de participer rapidement à la vie dominicale et de s’intégrer à la communauté chrétienne. Le pèlerinage à Lourdes, avec le Secours Catholique, a été aussi lui aussi, une étape marquante, du début d’une implantation au sein de la communauté chrétienne.

La soirée se clôt avec d’émouvants chants de la liturgie chaldéenne, un « Jésus, dans mon cœur », un chant sur la Paix, et une prière à Marie sont tout d’abord chanté avec beauté et ferveur. Un Notre Père est récité en français puis un autre en arabe. Les chrétiens de la salle, réalisent l’universalité des mots : Eglise, bonheur, liberté ; ils prennent conscience de l’unicité de la famille chrétienne, de l’unicité de la famille humaine !

Grégoire Moreau



Les Migrants, au cœur des Semaines Sociales

Les récentes Semaines Sociales de France ont porté dans leurs réflexions, les phénomènes migratoires actuels. La Pastorale des Migrants du diocèse a organisé le 17 décembre dernier une reprise des semaines sociales. Onze des douze participants de ces journées à Paris, avaient choisi de se retrouver après le cercle du silence.

Des intervenants ont marqué les vendéens présents : le pasteur protestant Arnold de Clermont qui a encouragé la parole publique des églises plus percutante quand elle est œcuménique ; la spécialiste de l’Islam, Dounia Bouzar qui a donné des clés pour comprendre les évolutions vécues par les jeunes en Islam ; le statisticien François Heran qui a dédramatisé en donnant des chiffres de nature à rassurer ceux qui craignent une « invasion » des migrants. Parmi les temps forts, il y a eu aussi la célébration œcuménique vécu au moment de la célébration des 70 ans de la Cimade.

Pour les membres de la Pastorale des Migrants, ces trois jours ont été un encouragement à poursuivre la réflexion et l’action. Un bilan qui sera largement partagé aux équipes locales, aux doyennés, aux instances diocésaines et bien sûr au moment des temps forts comme le dimanche 16 Janvier 2011, journée mondiale du migrant et du réfugié.



Vidéo a découvrir



Le service diocésain de la pastorale des migrants

Site national des migrants


[1Les chrétiens de Bagdad vivent ainsi très mal la quasi impossibilité de fêter Noël avec leurs coutumes. Comme ce fut le cas aussi cette année, et devant des menaces toujours plus grandes, les messes de Minuit sont interdites et sont reléguées dans l’après-midi ou en début de soirée. Les chaldéens qui avaient l’habitude, à ce moment là de l’année, d’exprimer leur joie dans les rues durant la nuit, d’aller de proches en proches, de familles en familles, ne peuvent plus le faire depuis ainsi plusieurs années.